Dans une interview accordée au journal français L'Humanité, le président al-Assad estime que les relations syro-françaises demandent un dialogue politique plus fréquent, le développement des relations économiques dans le domaine de l'extraction du pétrole, de l'énergie électrique, du transport (surtout l'aviation) et des échanges commerciaux en général.
Je pense que la France désire la stabilité au Proche-Orient par le processus de paix, l'achèvement du processus politique au Liban, l'avenir politique de l'Irak, la réconciliation palestinienne, dans le but de finaliser le processus de paix. On peut y ajouter la lutte contre le terrorisme. "Sur toutes ces questions, la Syrie est un pays actif", a-t-il précisé.
Le président al-Assad a ajouté que l'accord de Doha au sujet du Liban, ainsi que les négociations indirectes entamées avec Israël avaient permis de mieux comprendre la position de la Syrie.
Le président al-Assad juge que si les relations franco-américaines sont étroites, il faudrait renforcer le rôle de la France pour pousser les États-Unis à devenir positifs vis-à-vis des causes arabes de la région. "Exemple : dans le processus de paix, le rôle des États-Unis est essentiel, c'est la grande puissance. Ses relations avec Israël sont des relations privilégiées. Aucun pays européen ne peut remplacer le rôle des Américains auprès des Israéliens. Le rôle européen est complémentaire de celui des États-Unis. Le problème est que ces derniers ne comprennent pas exactement ce qui se passe dans la région. La France pourrait aider les Américains à mieux comprendre la conjoncture de la région", a-t-il expliqué.
Questionnée sur l'effet des nouvelles relations franco-syriennes sur les relations syro-iraniennes, le président al-Assad a dit: "Je ne vois pas de liens entre la stabilité et un relâchement des liens entre la Syrie et l'Iran. Au contraire. Si la Syrie cherche à être efficace pour la stabilité de la région, elle doit engager des dialogues avec tous les pays de la région, surtout avec les plus importants. Pour nous les pays les plus importants dans la région sont l'Iran et la Turquie. Il n'y aura pas de stabilité dans la région sans ces deux pays".
Le président al-Assad d'ajouter: "Si on regarde les résultats de la politique d''isolement exercé à l'encontre de certains pays par les États-Unis ces sept dernières années (un certain nombre de pays européens les ont d'ailleurs suivis) on s'aperçoit que le désordre s'est propagé, l'extrémisme a fait une tache d'huile dans la région et cet extrémisme peut déboucher sur le terrorisme. En Syrie, nous adoptons la politique de l'intégration et non de l'isolement. Nous acceptons le dialogue et nous refusons les diktats. De toute façon isoler l'Iran n'arrêtera pas son programme nucléaire. J'encourage la France à engager un dialogue avec l'Iran".
Et à propos des négociations indirectes avec Israël, le président al-Assad a indiqué que le travail se déroule sur deux axes : le premier, construire la confiance et être convaincu qu'Israël est sérieux dans le processus de paix. et le deuxième, la base commune qui permettrait l'ouverture de négociations directes.
"Dans le cadre des négociations indirectes, le rôle de la Turquie est un rôle d'intermédiaire. Dans les négociations directes il y aura un parrain", a précisé le président al-Assad qui a insisté sur le fait que ce qui se passe actuellement n'est pas différent de ce qui s'est passé auparavant. "Nous parlons d'une paix juste et globale. Globale veut dire que c'est une paix sur les volets palestinien, libanais et syrien".
Il a insisté également sur la nécessité de distinguer entre la signature d'un accord de paix avec la Syrie et établir la paix dans la région. L'accord n'établirait pas obligatoirement la paix.
Et au sujet du dossier nucléaire iranien, le président al-Assad a affirmé le droit de l'Iran d'avoir son réacteur nucléaire et de produire l'énergie. "Il faut lui reconnaître ce droit", a-t-il insisté.
Le président al-Assad estime que la position des Européens est différente de celle des Américains. Les États-Unis cherchent à déclencher une guerre et cherchent des prétextes. L'Europe fait pression sur l'Iran mais veut éviter une guerre.
Gh.H